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Collection hiver 2010 |
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Extrait du livre « l’usine est dans le pré » de Daniel VOYE, paru en 2005
A l'arrivée d'une cliente, la clochette tintinnabule dans l'épicerie Maillet.
C'est veuve Marie Maillet qui tient la boutique en compagnie de son fils Florimond.
Modeste épicerie du village de Falleron comme il en existe des centaines dans tous les villages de France.
Comme il en existe à Grand-Landes où se trouve la jeune Lucie Guillet.
Ces deux enfants auront un jour un parcours commun qu'ils ne soupçonnent pas en ces temps d'avant guerre.
Florimond n'est pas d'une grande constitution. Ne fait-il p as une pleurésie ?
Une tâche supplémentaire pour Marie qui, outre son commerce, fait chaque semaine, la collecte du beurre sur Falleron pour le vendre au marché de la petite Hollande de Nantes.
Huit kilomètres à pied pour rejoindre Legé et de là prendre un car Ringeard qui l'emmène dans la cité d'Anne de Bretagne.
Elle profite de sa visite à la ville pour acheter du tissu qu'elle revend à Falleron.
Il faut rentabiliser les voyages !
Néanmoins, la pleurésie immobilise Florimond pendant une année, ce qui inquiète Marie : « Tu ne vas pas rester à rien faire », lui dit-elle en lui rapportant un jour, une machine à tricoter des établissements Amineau de Nantes.
La chaussette à son pied...
La machine est installée dans la boutique même et Florimond s'échine à tricoter ses premières chaussettes qu'il revend aussitôt aux clientes.
Et ma foi, faut reconnaître qu'elles ne sont pas si mal que cela ses chaussettes.
De chaussettes en écharpes, il n'y a qu'un pas que franchit Florimond : il achète une seconde machine plus grande.
Entre temps, il rencontre Lucie Guillet qu'il épouse en 1935. Lucie quitte Grand-Landes et vient rejoindre son mari à Falleron.
Les affaires tournent bien. Nathalie Malard est engagée en 1936 pour produire des chaussettes populaires.
Avec la grande machine, sur le même principe que pour la chaussette, il fabrique des maillots de corps en laine de pays !
Une laine peignée et filée grossièrement, qui sent encore le suint du mouton. Certes, un peu rêches les maillots, mais tellement chaud quand arrivent les rigueurs de la guerre.
Une pleurésie qui exempte Florimond de la guerre... La guerre est à Falleron.
Marie, Florimond, Lucie, Jean-Luc, le petit de quatre ans et Nathalie vont travailler pour l'armée.
Avec sa 402 Peugeot alimentée par gazogène, il livre, va chercher l'approvisionnement de l'épicerie à Machecoul, récupère de vieilles fringues chez les particuliers va les porter à la filature de Clisson qui lui donne du fil en échange.
Avec ce fil mélangé à du poil de lapin angora ou de la laine de mouton, il fabrique un fil assez gros, solide, pas très joli mais très chaud.
Nous sommes en pleine période de troc, propice au système D.
Mais les choses se gâtent quand l'armée allemande veut réquisitionner cette Peugeot.
Volontairement, il met la voiture en panne, ce qui ne plaît guère aux autorités militaires.
La Peugeot est enlevée et disparaît pour réapparaître après guerre en pièces détachées.
Florimond est conscient de sa chance, lui qui n'a pas été fait prisonnier.
Alors, il n'aura de cesse de préparer des colis pour les infortunés soldats.
Il achète une sertisseuse et confectionne des boîtes de conserve d'un kilo dans lesquelles il scelle, qui de l'eau-de-vie, qui des légumes.
Cette attention va durer tout le conflit malgré la pénurie.
Printemps 46, les activités reprennent...
La guerre est terminée.
Florimond achète des machines à tricoter motorisées.
Jacques est venu rejoindre la famille en 1946.
Il faut agrandir la maison et un atelier est installé au premier étage...
Deux machines Dubied, une VV et une JJH capables de faire du jacquard.
Une dizaine de femmes travaillent pour l'entreprise.
Marie, la grand-mère gère toujours son épicerie et vend toujours ses œufs et ses quatre cents livres de beurre par semaine à un grossiste de Nantes.
Pour son commerce Florimond circule en 203 spécialement carrossée.
De nouvelles machines achetées chez Patin de Roanne viennent compléter l'équipement.
Ces métiers performants sont installés dans un nouvel atelier adjacent à la maison d'habitation.
La relève avec Jean-Luc...
Le textile ne connaît pas la crise en Vendée.
Du tricot, du vêtement, de la draperie, tout se fabrique, tout se tisse, tout se façonne.
Les machines neuves remplacent les vieilles, le personnel croît, les murs s'agrandissent.
On achète les jardins des voisins pour bâtir!
C'est un tort reconnaît aujourd'hui Jacques Maillet.
« Nous aurions dû partir dans une zone artisanale, mais comme l'épicerie marche encore bien, il n'est pas question de quitter le centre bourg.
Elle fait désormais partie du groupe Unico.
Chaque année, les parents investissent dans du nouveau matériel.
Je rejoins le groupe familial après ma formation sur les pas de mon frère à l'Ecole des Industries Textiles Lyonnaise, l'EITL.
Une formation complète tant dans la filature, le tissage, le tricotage, la dentelle, la teinture et la mécanique générale.
Trois ans d'études pour bien appréhender le métier.»
La fibre synthétique fait son apparition et cela nécessite des modifications de machines.
Pour l'entretien de ces métiers, il est indispensable pour l'entreprise Maillet d'engager un mécanicien spécialisé.
« Impossible de trouver notre homme. Finalement, c'est un mécanicien auto des Essarts qui est engagé. C'est de la folie.
Tout autour de chez nous s'installent des entreprises.
Il y aura quatre cents tricoteurs sur des machines à main sur tout le Grand Ouest.
De nos jours, nous ne sommes plus que quatre sur la région Pays de la Loire et une dizaine sur tout le Grand Ouest.
Nous travaillons en 2 et en 3/8.
Des VRP multicartes sillonnent la France pour alimenter les détaillants.
De gros confectionneurs comme Jean Bourget, spécialiste du vêtement d'enfant, nous commandent cent soixante mille pièces en six mois.
Les machines sont en surchauffe.
Cent trente personnes suffisent à peine à fournir, et puis patatras, en 1981, Bourget part fabriquer au Portugal, puis au Maroc et en Tunisie.
Le début de la délocalisation.
Il faut vite se retourner et ce sera vers la grande distribution.
Fort heureusement pour nous, nous voyons arriver un représentant exceptionnel : Jean-Pierre Mabil, un gars de Nantes qui vendrait des chaussures à un cul-de-jatte.
On lui confie le secteur de Bretagne.
Trois mois sans nouvelle et voici que Jean-Pierre nous annonce qu'il vient de décrocher les centres Leclerc.
C'est le début d'une collaboration qui va durer dix ans.
Durant ce temps, il forme des dizaines de commerciaux qui essaiment la France.
Chassé par des concurrents, Jean-Pierre nous quitte.
Avec ou sans lui, les négociations avec la GMS se durcissent.
30% trop cher nous répond-on.
Comme nous ne voulons pas délocaliser, nous perdons ce marché.
Sur l'exercice 92/93, nous perdons dix millions de francs. »
Ne jamais baisser les bras, ce pourrait être la devise des Maillet.
Ils rebondissent en travaillant à façon pour les grandes marques comme Kenzo, Georges Rech.
Mais cela ne suffit pas.
Des représentants frappent aux portes des détaillants en proposant de la maille tricotée, des apports de tissu chaîne et trame.
« On monte des collections qui s'adressent surtout aux personnes de plus de quarante-cinq ans.
Ce sont des grandes tailles qu'elles ne trouvent pas ailleurs et de tendance classique.
Pour mieux réguler notre production, nous formons une partie du personnel en groupe autonome de cinq à huit personnes.
Au cours d'une journée, chacune d'entre elles peut utiliser plusieurs machines.
Cela permet de s'adapter à la production de petites séries. ».
Aujourd'hui, à Falleron, les ateliers, avec quatre-vingts femmes, travaillent encore même si une partie de la production se fait en Tunisie, en Pologne ou en Ukraine.
La pérennité de l'entreprise est assurée par Gaétan, le fils de Jacques, qui à trente-trois ans, gère la logistique et la délocalisation en attendant de prendre les rênes à la retraite de son père.
Pour Jacques, son fils a encore un bel avenir. Le seul gros problème qui va se poser prochainement, c'est de trouver un technicien capable d'assurer la maintenance de tous ces métiers.
Après toutes ces années passées, Jacques Maillet constate que l'administration est devenue omniprésente. Trop de pression tue l'entreprise.
Quant au conseil, il considère que l'expérience est difficilement transmissible et que c'est à chacun de faire son propre apprentissage.
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